La promesse d’un dialogue inclusif venant  du premier ministre, chief docteur Joseph Dion Ngute à Bamenda  au sujet de la crise anglophone, peine toujours  à prendre véritablement corps. Alors que  l’escalade des violences  dans ces zones de conflits ne s’estompe pas. Face à ce blocus lié à l’ouverture d’un dialogue franc, certains leaders politiques et acteurs des organisations de la société civile sont désormais  dubitatifs quant à la  sincérité du gouvernement camerounais à apporter une solution durable à cette crise socio politique. Dans un entretien que vient de nous accorder le coordonnateur national  de l’ONG ” Un monde Avenir”, Philippe  Nanga  dévoile qu’il n’est pas exclu que la société civile descende dans la rue pour exiger un dialogue inclusif inhérent à la crise anglophone.

Monsieur Philippe Nanga, vous semblez être  dubitatif sur la fameuse promesse du premier ministre au sujet de la volonté des pouvoirs publics à instaurer un dialogue inclusif pour la résolution  définitive de cette crise.

J’ai des doutes sur la sincérité de ce processus  lié à l’ouverture d’un dialogue inclusif. Les indicateurs qui me poussent à être sceptique sont d’abord du point de vue historique .Par le passé, le gouvernement malheureusement a très peu de fois respecté ses propres engagements .Comme 2e élément, le Premier ministre est descendu en zone de conflit. C’est normal, lui aussi est de cette zone  là où il a la famille .Voilà donc, ce n’est pas extraordinaire  le fait qu’il soit descendu dans les régions en crise. En plus, il n’ya rien de concret qui a été fait par rapport aux descentes antérieures  de son prédécesseur. La seule différence est qu’il a annoncé que le gouvernement est désormais favorable à tout dialogue sauf la division du Cameroun. Pour le reste, on n’a pas vu quelque chose d’extraordinaire. Le 3e argument qui justifie mon doute est la nuance que son ministre de l’administration territoriale a apporté quelques jours après, sur la chaîne de télévision étrangère France 24 où il déclarait  qu’il n’est pas question d’inclure dans le dialogue, la question relative à la forme de l’État. Par ailleurs, il y’a un 4e élément nouveau .C’est le conseil de cabinet qui vient de se tenir dont le communiqué final n’a pas fait allusion  à la descente du premier ministre dans le nord-ouest et sud-  ouest, encore moins à ce dialogue annoncé à grand renfort de publicité. On se demande si ce gouvernement est sérieux. Si le conseil de cabinet n’a pas évoqué ce sujet, cela veut dire qu’il n’est pas une urgence. Voilà un autre élément supplémentaire qui me conforte dans mon doute en ce qui concerne le caractère sincère de ce processus de paix. Même l’individu en tant que  premier  ministre  peut être crédité d’un sérieux, je suis au regret de penser que lui ne maitrisant pas les contours de ce procès .par conséquence, il peut être victime comme les autres.

A votre avis comment est- ce que devrait se comporter le premier ministre face à la sortie controversée du ministre Paul Atanga Njie sur France 24?

Un gouvernement sérieux aurait  publié un communiqué après la sortie du ministre de l’administration territoriale pour préciser sa position officielle. Soit le minat lui-même, vu sa personnalité  aurait re précisé sa pensée pour corriger la nuance .c’est la bonne attitude. On n’a vu ni le minat, ni le P.M,ni le mincom revenir sur cette déclaration. C’est une situation qui nous pousse à dire qu’il y’a quelque chose qui ne va pas dans ce processus .D’ailleurs à l’époque j’avais dit que cette descente était dû à la pression internationale .Surtout à la réunion informelle qui se préparait au conseil de sécurité des nations unies sur la situation humanitaire au Cameroun. Pour moi c’était un enjeu de communication politique  pour que l’opinion nationale et internationale se disent qu’il y’a quelque chose  qui est en train d’avancer. On peut moins créditer le gouvernement dans ce conflit.

Le sdf  à travers l’honorable Jean Michel Nintcheu annonce la reprise imminente des marches dans la ville de Douala afin d’exiger l’ouverture de ce dialogue. Comment est-ce que vous appréciez cette démarche du social démocratic front ?

C’est tout à fait normal qu’un parti comme le SDF, qui historiquement est un parti important .c’est normal qu’il prenne les devants. C’est pareil pour la société civile. C’est plutôt une bonne nouvelle. Si le SDF entend publiquement manifester afin d’exiger l’ouverture urgente de ce dialogue .Au niveau de la société civile, il n’est pas exclu que nous nous organisons aussi pour être à leur côté. Nous pensons aussi qu’il est peut-être temps qu’il y ait une coalition des acteurs qui manifestent publiquement pour exiger  ce dialogue attendu depuis 02 ans.je pense que  si le SDF  s’engage réellement ,il n’est pas exclu que d’autres partis politiques ,y compris la société civile s’alignent derrière cette initiative pour exiger le dialogue afin qu’on sorte de cette crise qui a déjà trop duré à mon avis.

Une certaine opinion estime que pour décrisper l’atmosphère et apaiser les tensions, le gouvernement doit d’abord libérer les prisonniers politiques. Quel est votre avis sur la question ?

Bien entendu !quand vous discutez avec la plupart des camerounais de la zone  francophone, le dialogue ne doit pas seulement axer sur  la crise anglophone. Tout le monde voudrait que les multiples crises qui secouent notre pays soient prises en compte dans ce processus du dialogue. La crise anglophone ne doit pas éluder la crise post- électorale qui existe encore  avec à la clé  des centaines de personnes incarcérées .Les leaders politiques arrêtés, doivent être libérés. Les camerounais doivent s’organiser eux – mêmes pour amener l’État à bouger .C’est ça qu’on appelle l’action citoyenne. C’est comme ça que ça se passe dans tous les pays du monde lorsqu’on est face à un État qui refuse de bouger. Nous ne devons pas perdre de vue que près de 2000 personnes sont déjà mortes dans cette crise. Plusieurs milliers de personnes sont en danger et en souffrance.

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