Je l’ai souvent vu promener sa silhouette d’ascète dans de nombreux cabarets de Yaoundé, tels Émergence à Essos ( aujourd’hui décadent) La Réserve à Etoa- Meki (désormais fermée). La clameur qui accompagnait son entrée en salle et les jubilations des Maitres de Cérémonies, renseignaient à suffire, même les jeunots qui n’auraient pas pris goût des sonorités du bikutsi, fin 80 – début 90, sur la différence qui existerait entre lui et les artistes qui occupaient jusque-là, la scène.

 

Tino Baroza était un virtuose de la guitare solo. Un incontournable du bikutsi à l’epoque où ce rythme subissait de plein fouet, l’influence du Soukous. Tino n’aurait eu d’égal que Zanzibar. Me racontait invariablement des accompagnateurs à ces virées en cabarets qui, âgés parfois, de dix balais de plus que moi, se doutaient que moi de la génération, Tonton Ebogo ne mesure pas, à en juger par son physique, le talent de l’homme qui passait juste devant nous. Car ce n’est pas à la mine de ce monsieur là qu’on put parier sur ses prestations de musiciens.

 

En effet, la plastique de Tino Baroza, généralement drapé sous une cape qu’on peut deviner avoir été acquise à l’époque de sa superbe, laissait facilement croire qu’il ne se la coulait pas douce. On eut pensé qu’il était frappé d’une de ces maladies tropicales qu’entretient l’indigence. Les exhalaisons odorantes qui se dégageaient après son passage étaient loin d’être celles de la rose. Mais bien celles d’une plante, que les jeunes du quartier Mvog Ada qu’il fréquentait appellent le “ntah” et qui fait voyager…sans décoller. Inspire les dieux de la terre. C’était justement un de ces dieux-là, le cher Baroza. Un artiste jusqu’à l’os. Un look poussé jusqu’aux limites de la négligence et à la fois curieusement pittoresque. Des appétits peu ordinaires. Mais un humain entier qui devait batailler pour trouver pitance. Et Dieu (celui qui est là-haut cette fois) sait que chez les musiciens, ça charbonne un peu plus pour faire glisser le gombo.

 

Le temps que toutes ces réalités vous travaillent, voilà Tino Baroza sur la planche. Il s’est saisi de sa guitare solo. Il a regagné son monde. Dès la première note, l’on sait qu’un orfèvre a pris les choses en main. On sait qui est le boss.

 

Le génie vous ballade dans son répertoire personnel avec station sur Burnt Heads, préparé par Jean Marie Ahanda pour un énième retour des Têtes brûlées en 2009. Le guitariste reprend quelques-unes de ses prestations dans certains tubes, pastiche des grands noms comme Ange Ebogo. Et le clou : la reprise du solo de Zanzibar dans le mythique Essigan. A vous, de vous dire : quel monstre! Au figuré bien sûr.

 

Les decibels produits vont convaincre même la plus jeune et jolie fille figurant parmi les spectateurs d’aller l’encourager. A la fois par un petit billet et un joli câlin. La prestation de Baroza l’a rendue du coup fréquentable et tout mignon et sexy. Ahhh l’artiste. L’on peut comprendre pourquoi K-Tino (Catherine de Tino) avait succombé, il y a trois décennies. Normal Baroza fut un instrument complet.

 

Va l’artiste. Et transmets au paradis, nos hommages à Emmanuel Tshilumba Wa Balozi alias Tino Baroza. Le phénomène de la guitare congolaise que tu as su fièrement incarner après sa mort.

Chapeau bas!

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